Illusionniste professionnel depuis 2010, Clément Blouin est depuis l’enfance un grand passionné de magie. Aujourd’hui très épanoui dans sa profession, il a accepté de répondre aux questions de Wooskill, afin de mieux comprendre son parcours, sa vie et l’origine de son talent.

Pour commencer, parlez-nous de votre parcours scolaire et professionnel…

À la fin de mon parcours scolaire, j’ai obtenu un bac général ES (économique et social). J’étais censé continuer mes études en faisant une Fac d’Anglais, mais finalement j’ai opté pour une autre voie. Je suis parti vers l’animation pour FRAM, une agence de voyages. Pendant deux ans, j’étais animateur. Mon rôle était d’animer les voyages des vacanciers, afin qu’ils passent des vacances mémorables. Avec cette expérience professionnelle, j’ai eu l’occasion de voyager en Espagne, au Maroc ou encore en Égypte.

Après ça, je me suis installé dans le XIVᵉ arrondissement de Paris. J’ai trouvé un travail chez MAGIC DREAM, une boutique de magie. Encore aujourd’hui, c’est l’une des rares boutiques de magie ouvertes au public dans la capitale. Cette expérience de deux ans dans le monde de la magie m’a permis de rencontrer des amis et des professionnels. Avec ce poste, j’ai eu la chance d’avoir accès à bon nombre d’informations, je pouvais faire de la démonstration de tours de magie, de la vente, des commandes à l’international. C’était assez intéressant comme métier, surtout quand on a 20/21 ans et qu’on est passionné par la magie.

J’ai fini par quitter la boutique en 2012 afin de me lancer professionnellement dans la prestidigitation. Aujourd’hui, je fais de la magie dans le milieu de l’événementiel. J’anime des soirées, des évènements pour les sociétés et les particuliers.

D’où est née votre passion pour la magie ?

J’ai commencé la magie à l’âge de 6 ou 7 ans, avec les fascicules que sortait Sylvain Mirouf. À l’époque ça coûtait 49 francs et cela sortait une fois toutes les deux semaines. J’ai appris les bases de la magie grâce à lui. Dans chaque volet, on retrouvait un nouveau tour de magie, une cassette et un petit livre d’explication. Le livre contenait des tours de magie sur les objets de la maison (cuillères, clés, sucres, élastiques, cartes, pièces…). Je trouve que c’était une belle collection et surtout un bon moyen d’apprendre la magie.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

On est dans des lieux, des contextes différents à chaque fois, avec des gens différents. J’ai travaillé sur un bateau en mer baltique, dans des ambassades, mais aussi en Arabie Saoudite pour le lancement du premier Showroom Nissan, etc. C’est difficile de s’ennuyer ! On est stimulé constamment par les lieux et les gens, c’est ça qui fait que je m’éclate dans mon métier.

Expliquez-nous la différence entre un magicien, un illusionniste et un prestidigitateur…

C’est une question qu’on me pose souvent. Je pense personnellement que c’est une question d’époque. Avant, on avait tendance à dire prestidigitateur, ensuite on est passé à magicien. Puis, quand on a vu que le terme magicien commençait à véhiculer une image moins glam’, le mot illusionniste est apparu. Selon moi, ce sont simplement des synonymes, mais chacun interprète ces termes à sa façon.

“David Copperfield, c’est un peu le Michael Jackson de la magie”

Clément Blouin

Avez-vous une référence dans le métier de magicien ?

L’idole de ma jeunesse était sans aucun doute David Copperfield, c’est un peu le Michael Jackson de la magie. C’est une personne que je respecte et que j’admire énormément. J’ai eu la chance de le rencontrer plusieurs fois et j’ai même eu la chance de visiter son musée privé à Las Vegas. Si vous avez l’occasion de vous rendre à Vegas, je vous conseille d’aller voir son spectacle, c’est fou.

Pour vous, qu’est-ce qui définit un bon magicien ?

Un bon magicien est une personne à l’écoute de son public. Beaucoup de magiciens et d’artistes passent en mode automatique quand ils travaillent. J’ai le sentiment d’être beaucoup dans l’improvisation et dans l’écoute. Un bon magicien doit tendre l’oreille auprès de son public, être à l’affût de la moindre remarque afin de rebondir efficacement.

Comment se faire un nom dans le métier ?

L’ingrédient numéro 1 est la passion, il faut être passionné par son métier pour espérer se faire un nom. Personnellement, d’un point de vue technique, j’ai beaucoup travaillé chez moi. Je souhaitais réellement que ma technique soit irréprochable. Comme un pianiste qui travaille ses gammes, un magicien doit travailler sa technique. Être à l’aise techniquement, sûr de soi et de ses forces permet de ne pas passer pour un débutant le jour J.

C’est rare, très rare, d’avoir du succès du jour au lendemain. Alors, il ne faut pas hésiter à saisir chaque opportunité, c’est très formateur. Ensuite, je pense qu’il faut être patient. Il ne faut pas hésiter à commencer autour de soi, au mariage d’un ami par exemple, le tout en proposant gratuitement ses services. Pas besoin de chercher le Graal toute suite, il faut bien commencer quelque part, avec de la passion, de la patience et du travail.

“Avec cette crise sanitaire, j’ai appris la discipline et j’ai essayé de me fixer une routine”

Clément Blouin

Comment avez vous gérez l’arrivée de cette crise sanitaire ?

Ce n’était pas simple à vivre, surtout l’année dernière… Quand tu es en pleine progression personnelle, que ton chiffre d’affaires augmente et que tu t’éclates professionnellement, voir du jour au lendemain tous tes contrats s’annuler, c’est très difficile pour le moral. Pendant près d’un an et demi, ton téléphone ne sonne plus et tu n’as plus rien à faire sur le plan professionnel, c’est difficile à digérer…

Alors, j’ai rapidement décidé de me reprendre en main. J’ai repris le sport, lu beaucoup de livres et vu énormément de films. Sur le plan pro, je ne suis pas non plus le premier à plaindre, j’ai eu des aides, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Avec cette crise sanitaire, j’ai appris la discipline et j’ai essayé de me fixer une routine matinale. Faire son lit au réveil, faire 20 minutes de sport, lire, méditer, etc. Ça paraît bête, mais c’est très bénéfique.

Votre tour de magie préféré ?

Difficile de choisir, mais il y a un tour de magie que je fais très souvent. C’est un tour avec un paquet de cartes. Je demande à une personne de sélectionner une carte et je la retrouve d’une façon très originale. Je mets le jeu par terre, j’enlève mes mains et le jeu bouge tout seul grâce à l’ombre de mes mains, le jeu se coupe et j’éjecte la carte du paquet. L’impact sur les gens est incroyable.

Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Dans ce métier-là, il m’est arrivé tout et n’importe quoi… Surtout au début, quand tu cherches ton style, tes blagues, tu t’essayes à différentes choses qui peuvent ne pas plaire… J’ai eu affaire à des marques d’irrespect comme des gens qui abîment ton matériel exprès, des personnes éméchées qui veulent se battre avec toi, d’autres qui te reçoivent en slip…

Heureusement qu’il y a plus de moment heureux que l’inverse. C’est un métier fabuleux qui permet de faire oublier l’espace de quelques instants un drame, une mauvaise nouvelle, comme c’est arrivé il y a quelques années. Une personne vient me voir à la fin de mon spectacle en me remerciant et en me disant qu’il ne s’attendait pas à rire autant au vu des circonstances. Leur père venait de décéder.

Pour conclure cette interview, avez-vous une citation que vous aimez particulièrement ?

Une citation que je trouve intéressante : “ We do not repeat a show every night, we recreate it ” David Williamson, un magicien américain que j’admire également. Il ne s’agit pas de répéter son spectacle inlassablement chaque soir, je parlais du mode automatique plus haut… La tâche du magicien consiste à offrir un moment, son spectacle au public comme si c’était la première fois qu’il le jouait. Recréer son spectacle à chaque fois, c’est là que se trouve le vrai challenge.